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UN TRAMWAY NOMME DESIDERATA

Le tram et moi c’est une histoire équivoque, un scénario brumeux entre haine et passion. Une relation tumultueuse qui a duré plus de trois ans.

Trois ans de gong incrustés dans ma mémoire sonore : un « gling » athlétique, cinglant, un brin despotique, qui tinte toujours doublement, symptôme d’une certaine mégalomanie. Trois ans de corps à corps austère avec des portes vitrées cafardeuses, dont les larmes, glacées par l’hiver, ne cessent de couler jusqu’à l’équinoxe de printemps. Trois ans à raffermir mes cuisses sur des tuyaux métalliques, contrainte par la fleur de l’âge à échanger des sièges grassouillets contre des conduites anti-chocs à la peinture jaune écaillée. Trois ans à observer les conducteurs-carillonneurs, enfermés dans leur cage de verre tels des animaux captifs, dont le gouvernail glisse mécaniquement de bas en haut puis de haut en bas. Trois ans de batailles dominicales, un bagage-bouclier à bout de bras, pour me frayer un chemin au milieu de cette cohorte étudiante. Trois ans à examiner cette micro-société, brimbalée chaotiquement mais quasi anesthésiée par ces secousses fluctuantes, qui joue une partie de « jean-qui-rit, jean-qui-pleure », sans règles définies. Trois ans à écouter, sciemment ou non, les contrariétés de M. Bougon ou les péripéties folkloriques de Mme Guillerette, les langues se déliant plus aisément dans un brouhaha environnant. Trois ans à pousser les portes matinales d’une parfumerie artificielle, où s’accouplent inopportunément des senteurs fleuries et des exhalaisons boisées entêtantes. Trois ans à contempler un compteur électronique extralucide, qui, sauf rhume aggravé, annonce la dose de patience nécessaire avant l’arrivée du triomphant promeneur.

Et surtout trois ans…trois ans à tromper mon compagnon sncf avec cet amant, pseudo train à l’âme « verte » et environnementaliste engagé, qui bataille pour syndiquer des pots d’échappement pollueurs. Trois ans à épier des bambins, qui batifolent dans les soufflets pivotants, amusés par cette ressemblance flagrante avec un accordéon, un peu paumé sans ses claviers chromatiques. Trois ans à guetter ces dalles de bétons qui se fardent d’enduits matifiants et de volets faux-cils, pour accueillir leurs futures hôtes avec élégance et compter parmi le ghotta de la nouvelle esquisse urbaine. Trois ans à contempler cet épanouissement citadin, passant du stade pré-pubert d’espaces cloisonnés à une phase adulte de vaste étendue, qui de Jules Verne à La Source unit Orléans et son agglomération. Trois ans à côtoyer indifféremment ouvriers en jeans délavés et cadres à cravates solennelles. Trois ans à ravir mes tympans de sonorités slaves ou d’accents hispaniques, à la roucoulade accrue. Trois ans à baigner avec allégresse dans cette mixité culturelle et sociale.

Comme un ancien compagnon de route dont on ne peut gommer le visage, le tram me rend nostalgique, malgré ses retards énigmatiques et ses excuses errantes. Un état de manque, ni plus ni moins, car trop intoxiquée par ce gong addictif. Voilà pourquoi mon tramway se nomme desiderata !

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Voici les sites qui parlent de UN TRAMWAY NOMME DESIDERATA:

Commentaires

Nostalgique, Emilie, tu es passée à la voiture ? Un bel hommage. Faire la même chose avec le métro corserait considérablement l'exercice de style... ;)

Bonjour Emilie,
Les ruptures sentimentales sont souvent douloureuses pour les 2 partenaires. Si ça peut te rassurer, dis-toi qu'il est probablement aussi malheureux de ton absence ...

T'en fais pô ... un tram de perdu dix de retrouver ...

A bientôt.
15.
PS : J'aime beaucoup la poésie qui se dégage de ce texte. Merci.

Eh bien Emilie, je ne te savais pas si à l'aise avec les mots, poétesse dans l'âme. C'est une très belle nouvelle rubrique que tu nous offres là ! De ce texte se dégagent énormément d'images, tu as un don certain pour transposer les lecteurs dans ton monde ! A tel point que tu aurais certainement pu me voir dans ce tram...

Bonjour à tous!

Elise: Non je suis passée à la marche à pied (mais j'adore ça), car j'ai déménagé d'Orléans vers Châteauroux il y a un an et demi environ. Et dans ma petite ville de l'Indre, nous sommes à l'heure du bus (mais gratuit s'il vous plaît!). En fait, j'ai été nostalgique de mon transport en commun fétiche en parcourant un article ce we, dont voici le lien (ceci explique cela): http://www.linternaute.com/savoir/grands-chantiers/06/dossier/tramway-province/index

Vincent: Merci beaucoup de ton réconfort. Il ne me reste plus qu'à aller pleurer dans les jupes de Môman. ;DD Et je suis flattée que tu trouves cette note poétique.

Marouschka: Ahhh mais je t'ai croisé, tu étais celle qui mangeait du chocolat noir à l'orange et qui lisait "Sciences & Vie" avec beaucoup d'attention. ;) Ravie que cette nouvelle rubrique te parle et qu'elle permette d'apprendre à mieux me connaître, car oui, je suis une amoureuse des mots et des descriptions sans fin à la Proust.

Huuum je sens que je vais devenir une afficionados de cette nouvelle rubrique !!
Sacrée Emilie, que de talents cachés qui ne doivent plus l'être pour notre plus grand bonheur de lecteurs!!!

ENCORE ENCORE et MERCI

Toujours surprenante Emilie. Moi aussi je l'ai trouvée très poétique et empreinte d'une douce nostalgie cette belle note d'hommage. Comme Eleonore, je mise sur notre assiduité à te lire dans cette rubrique.

J'ai quitté Orléans en plein travaux pour le tram et c'était moins poétique à cette période-ci ! Ah la SEMTAO ! Cela faisait si longtemps que je n'avais pas prononcé ce mot ! Je me fais plaisir, pardon...

Très heureuse pour cette nouvelle rubrique, j'aime bien les messages personnels !

Merci pour ce bel hommage rendu au tramway Emilie!
Après avoir vécu à Nantes 2 ans où je prenais le tram tous les jours, j'ai retrouvé la dureté du métro à Paris...
Il est toujours intéressant de constater comment notre moyen de transport, dans lequel nous passons tout de même un temps certain peut nous faire découvrir des choses, sur soi, sur les autres...
J'attend avec impatience une autre note dans cette rubrique pour apprendre à te connaître encore mieux.

Que de nouveautés par ici, c'est évident tu as l'âme poetique, tu m'as emmené en balade avec dans cette nostalgique note d'"amour".

Eléonore, ASF & Hanen: Merciiii les filles (j'suis toute rouge devant mon écran d'ordinateur) et promis d'autres blog-notes "Messages personnels" suivront prochainement.

Céline: Oui fais-toi plaisir...SEMTAO...SEMTAO...SEMTAO. Je me doute qu'avec travaux, le charme était moindre, mais je n'étais pas sur Orléans à cette époque et je ne descendais pas quotidiennement à l'arrêt des Indiens pour rejoindre l'institut des langues. Et je suppose que tu es au courant qu'une deuxième ligne va voir le jour prochainement, pour desservir Orléans d'Ouest en Est: zuuut, j'ai loupé ça pour aller quotidiennement de St Marceau (où y'avait mon p'tit nid) à St Jean-de-la-Ruelle.

Carole: On va faire un club des grandes nostalgiques du tram. ;)

Bonjour Emilie,
Si tu as d'autres écrits, pleins de finesse poétique, de métaphores et de douce mélancolie, je les attend avec impatience.
Merci.

A bientôt.
15.

Ah non ! J'étais pas au courant ! Ca va encore être le bordel !

Madame habitait les beaux quartiers, dites donc !

J'ai eu plusieurs apparts à Orléans toujours dans les petites rues entre la rue des Carmes et la Loire. Dis moi où tu habites et je te dirais qui tu es ? :-)

Vincent: Vu que vous semblez tous apprécier cette nouvelle rubrique (ce qui me ravit), je crois que je vais persévérer en vous proposant d'autres douces mélancolies prochainement.

Céline: Oui j'ai eu la chance (malgré des ressources financières moyennes) d'habiter dans un super quartier: calme, non dangereux même à 1h du mat', avec des petits commerces à proximité et proche du tram en plus (Avenue Savary, une rue perpendiculaire à Dauphine et la Mouillère...si tu situes). Mais je n'avais que 20 m2 (ce qui était déjà génial pour un premier appart je trouve), avec une baignoire en plus (le rêve pour moi, pouvoir buller dans mon bain moussant pour me détendre le soir!!). Mais le quartier des Carmes, plus animé (la rue où l'on ne manque pas de se faire siffler si l'on est une fille!!), je le connais aussi car des amis y habitent. Alors est-ce que le lieu d'habitat fait l'homme, c'est une bonne question qui mérite débat. ;)

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