Pour l’écrivain en herbe, qui rêve de voir publier son premier roman et qui désespère de trouver un éditeur qui veuille bien laisser sa chance à son ouvrage, je n’ai qu’un conseil : « Va chez Lulu ! ». Et il risque bien de revenir de sa visite, l’air guilleret, en s’écriant : « Bigre, c’est un vrai lulu ce site ! » (lulu=trouvaille). Car oui, il s’agit d’un site Internet qui se veut être « un marché ouvert dédié aux œuvres numériques » et qui permet d’imprimer puis de vendre un livre, un CD, un DVD, une image ou un calendrier, en ne prélevant qu’une commission modique comparé aux éditeurs « classiques », comme nous l’explique Libération.fr.
La démarche est extrêmement simple : création gratuite d’un compte sur le site de Lulu, expédition du fichier sur lequel vous travaillez depuis des années, choix du format et de la reliure, envoi du visuel de la couverture, indication du coût de fabrication et fixation des royalties suivant votre convenance. Mais les services de Lulu s’arrêtent là, la promotion de votre ouvrage et le gain de nouveaux lecteurs restent à votre charge.
Prenons le temps de décortiquer leur stratégie commerciale :
Leur cible : les micromarchés...les éditions qui ne se vendront pas par milliers, mais en des quantités restreintes et qui ne semblent pas rentables aux yeux des éditeurs traditionnels, qui doivent supporter de lourds frais en promotion et distribution. Leur but n’est bien sûr pas de découvrir et compter parmi les leurs le futur Victor Hugo !
Sa politique différenciante : c’est sans nul doute sa politique tarifaire. Le prix de vente final correspond aux coûts de fabrication, aux royalties fixées par l’auteur et à la commission de 20% destinée à Lulu. Comparé à l’édition classique, vous pouvez toucher environ 8 fois plus sur la vente d’un exemplaire.
Leur argumentaire marketing s’appuie sur cinq adjectifs qui font mouche :
Rapide : la commande ne s’effectuant qu’en quelques minutes
Facile : le processus d’édition n’est pas complexe, il suffit de se laisser guider
Gratuit : il n’y a aucun frais d'inscription. Lulu imprime chaque exemplaire une fois seulement le livre commandé et payé, donc aucun stock et aucun risque .
Maîtrisé : une liberté et un contrôle sur les droits, le design, le prix…
Rentable : 80% des bénéfices sur les ventes vont à l’auteur
Leur objectif à long terme : Bob Young, le « papa » de Lulu, souhaite faire de son site «le lieu d'échange de la propriété intellectuelle à l'égal de ce qu'eBay a fait pour les biens tangibles». Un discours pour le moins ambitieux, mais qui peut se justifier, si l’on regarde les chiffres américains de Mai : 65000 œuvres numériques ont été vendus en un mois !
Personnellement, je trouve audacieux de leur part de vouloir bousculer le monde de l’édition, en découvrant des marchés de niche qui ne vont pas forcément caracoler en tête des ventes et en utilisant le procédé du « long tail » (vendre peu d’unités d’un grand nombre de produits, soit le concept inverse des éditeurs traditionnels). Mais bien évidemment ce concept, très américain, a une vocation purement commerciale et ne prêche pas la beauté de la littérature, donc la question est la suivante : Doit-on ouvrir ce marché de l’édition à la masse, sous peine de publier des œuvres de moindre qualité ? Ou doit-on au contraire rester « élitiste » ? Une chose est sûre, je suis convaincue que ce site va ravir les écrivains désespérés de publier via les voies classiques, qui ne feront cette démarche ni pour la gloire, ni pour l’argent, mais pour le sentiment d’accomplissement et la fierté personnelle.
Même si le site n’est pas encore parfaitement traduit et qu’il serait fort sympathique de convertir les dollars en euros, histoire d’éviter aux intéressés de sortir systématiquement leur calculatrice de leur poche, n’hésitez pas à visiter ce site et à découvrir ce concept au nom démodé et insolite, puis à me livrer vos avis et vos réticences éventuelles.
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